Expertise de la difficulté. Difficulté de l'expertise

Ce séminaire est destiné aux chercheuses et chercheurs, ainsi qu'aux professionnels et professionnelles que ces questions intéressent. Le séminaire a lieu à distance. Le lien de connexion est fourni avant chaque séance sur simple demande auprès de Martial Meziani (martial.meziani@cyu.fr).

Equipe organisatrice : Lucile Cadet, Pascal Champain, Amélie Derobert, Virginie Dufournet Coestier, Teddy Mayeko, Martial Meziani (coordination), Julie Pelhate, Magaly Ruiz-Touchard, Anne Wuilleumier, Yana Zdravkova.

Prochaine séance

Argumentaire

Le séminaire « Expertise de la difficulté. Difficultés de l’expertise » est structuré autour d’une double problématique, à la fois sociale et de recherche. A partir d’un regard interdisciplinaire, au croisement des sciences sociales et des sciences de l’éducation, le séminaire entend s’intéresser à l’expertise dans différents espaces sociaux et professionnels, ainsi que ses effets sur les pratiques et les espaces étudiés. Les présentations au cours du séminaire permettront de réfléchir à la manière dont les rapports sociaux se construisent autour de la notion d’expertise, aspect du travail devenu aujourd’hui central et quotidien.

Ce séminaire portera donc sur une pluralité d’espaces et non sur un monde professionnel particulier. Il viendra plus particulièrement interroger ce nouveau rôle social qui tend à normer les rapports intra et interprofessionnels, notamment ceux auprès des populations ciblées par l’action publique.

La question de l’expertise traverse aujourd’hui l’ensemble des mondes sociaux. Qu’il s’agisse d’une expertise relative à des connaissances ou à des expériences spécifiques, elle se construit à partir de différentes formes de légitimité amenant à un jeu entre les acteurs participant de ce travail. Outre un rapport à la connaissance donnant lieu à une forte légitimité des acteurs considérés comme les plus qualifiés, l’expertise se développe à partir d’autres légitimités.

En ce sens, l’expertise peut s’envisager dans un triptyque interrelié où connaissance, expérience et réflexivité tendent à construire la légitimité sociale de l’expertise. L’expertise expérientielle, par exemple, a vu le développement de la prise en compte de la parole des usagers, amenant au développement d’arènes où ces derniers sont théoriquement devenus les experts de leur propre situation, notamment dans la mise en œuvre des politiques sociales. Dans le monde judiciaire, le savoir expertal tend à mêler expérience quotidienne du rôle d’expert et connaissances scientifiques dont ce dernier est dépositaire. Dans le cadre scolaire, l’expertise dans les réunions interinstitutionnelles autour d’élèves en difficulté amène à considérer l’expertise médicopédagogique de manière parfois plus importante que les aspects socioéducatifs. A contrario, dans le champ du handicap, si la question du trouble demeure importante, l’évaluation pluridisciplinaire s’inscrit dans une approche globale où les dimensions sociales influencent la reconnaissance de handicap. Dans de tels cadres, la réflexivité professionnelle tend à être un enjeu de la construction de l’expertise, notamment lors de temps de formations, où il peut s’agir de reconfigurer ses propres conceptions de l’activité professionnelle.

La question de la difficulté, au sein du travail d’expertise, renvoie à une double problématique. Tout d’abord, l’expert peut agir sur des situations posant problème, soit dans des contextes locaux et ciblés, soit en lien avec des problèmes publics. Ainsi, l’expertise est censée amener à des solutions, notamment parce que la somme des connaissances et des savoirs est supérieure chez l’expert, ce dernier les incarnant. Dans le même temps, le travail effectif renvoie souvent à des formes de problématisations nouvelles, à la proposition d’hypothèses ou à un mode de compréhension renouvelé. Ces approches décalées peuvent s’instituer dans des référentiels métiers, comme celui de l’enseignant spécialisé.

L’expertise renvoie souvent également, dans ce même geste, aux publics-cibles, catégorisés par un type de difficulté. En ce sens, la catégorisation des enfants ou des jeunes se construit dans l’évaluation de leurs situations, ainsi qu’à une capacité de prise en charge particulière, au regard de grilles d’analyse et d’évaluation spécifiques. Dans cette acception, le terme de besoins éducatifs particuliers, venant qualifier des situations très diverses dans le cadre de l’école inclusive en France, interroge la posture professionnelle en incitant à un regard différent sur les publics catégorisés en besoins particuliers.

Dans ce sens, l’acte d’expertise peut s’avérer délicat, incitant souvent à une prise en compte de la complexité du monde, nécessitant de plus en plus un recours au collectif pluridisciplinaire. Si l’expertise renvoie toujours à une forme d’évaluation, dans le cadre collectif, cet exercice amène à la confrontation des points de vue et donc à des délibérations que l’expert doit savoir gérer, la décision se prenant à partir de points de vue dont la légitimité est inégalement répartie. L’une des difficultés de l’expertise est, dès lors, de prendre des décisions en fonction d’avis dont la valeur n’est pas la même a priori, tandis que l’expertise demeure toujours en cours de construction, dans la mesure où c’est la capacité à prédire, prévoir ou prévenir qui est en jeu. Cette aptitude et cette valeur a priori renvoient aux incertitudes liées au rôle d’expert. En effet, le cœur des difficultés de l’expertise semble se jouer ici, l’expert devant prévoir à partir de nombreuses dimensions, dont, pour certaines, elles lui sont inconnues.